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    Joëlle DENIOT
25, bouleverd van Iseghem
44000 - Nantes
    02 40 74 63 35
   
    joelle.deniot@wanadoo.fr



































 
 

 

Éditorial de la chanson réaliste

Au début du vingtième siècle s'installe un lien de fascination entre un auditoire et des chanteuses, principalement des chanteuses à répertoire grave. Travaillant sur la chanson populaire féminine, d'Yvette Guilbert à Edith Piaf, Joëlle Deniot à travers l'étude des documents sonores et visuels, met l’accent dans ses recherches sur la voix et sa mise en scène dans l’art de chanter, la chanson réaliste.

Lorsque les phonographes, les disques, la TSF .introduisent ces voix iconiques de la chanson réaliste dans les foyers, l'écoute s'individualise, se privatise. La notion de public change, l'ambiance du concert aussi ; mutation de l'écoute, de la scène et de son esthétique, mutation des registres vocaux redessinent alors les relations entre auteur/compositeur/interprète. Les nouvelles conditions et orientations de l'écoute préparent la réception intime de leur répertoire de la chanson réaliste tragique. L'affect d'identification au drame social, personnel est d'ailleurs amplifié par les jeux de miroirs proposés à l'auditeur entre texte chanté et biographie de l'interprète.

Mais le temps a fait son œuvre d’embaumement …. De plus, la chanson réaliste de l'entre deux guerre qui est une chanson populaire "sentimentale" hors registre militant, presque exclusivement interprétée par des femmes, évoluant très vite dans un univers musical dépassé par l'arrivée des rythmes jazz, et marqué par le recul de la forme strophique de la narration chantée cumule sans doute toutes les raisons d'être rangée à l'écart, sous l'étiquette "Folklore musette", autrement dit non pas "oeuvre brève", mais seulement "curiosité passagère".

Et si cet écart était justement le bienvenu, nous apprenant entre autres qu’un tel répertoire parvient à suggérer quelques inflexions de moeurs et mutations de sensibilités encore latentes en ce premier quart du siècle dernier, qu’elle permet de se mettre à l'écoute de ces signes souterrains en oeuvre dans l'histoire.

Culture d'oubli, de vertige, expression du sujet et du corps tragique, ces chansons, à travers un style de plainte "primitive", au sens de plainte de l'enfoui, de plainte radicale, à travers une héroïsation de la voix, font naître entre fiction et réalité, un dire du "pathétique insoutenable du quotidien", porteur de nouvelles identifications populaires. Identification qui n'est d'ailleurs pas seulement à entendre comme ressenti primaire d'émois, mais aussi comme correction, réorientation de l'émotion.

Plus que des oeuvres, ce sont des figures, des empreintes vocales qui s’imposent, qui sont offertes à l'imagination cathartique, esthétique, poétique de tous ... peuple prolétarien de Montmartre, de Belleville, peuple prolétarien des grands ports et au delà peuple citadin large, lorsque les intellectuels à la marge tels Colette, Carco, Vallès, Desnos, Van Dongen ... seront parvenus à transmuer, étendre et "dignifier" l'aura de ces femmes le plus souvent à la dérive, de ces femmes, pourtant, inspiratrices de troubles inouïs ; telles Yvonne George, Fréhel, Damia, Berthe Sylva et Piaf bien sûr.

Aborder la chanson réaliste, ses espaces-temps, ses figures, ses répertoires, c'est rechercher les passages complexes entre l'oeuvre chantée et le monde social qu'elle accompagne et révèle métaphoriquement. Mais c'est aussi l'inscrire dans une configuration esthétique dont le style s'impose sous le second empire et bouleverse - via le fait pictural d'abord - les rapports entre l'artiste et son public, entre l'art in situ et la société en acte.

Étudier la chanson réaliste, c'est aussi restituer cette petite oeuvre brève et noire, dans un ensemble plus vaste, un tableau de correspondances. Correspondances sur plan du théâtre, du cinéma, sur le plan global de la poétique qui travaillent en termes d'échos, de traditions, d'homologies, de lignes, de lignées, à l'avènement et à la réception de cet élan chansonnier qui est aussi scène, décor, allégorie, galerie de visages et de gestes à parcourir.

L'esthétique de la chanson réaliste a, plus que toute autre, affronté la question des rapports entre art, politique et société. Le courant réaliste étant traversé par deux tendances contradictoires, le naturalisme et l'expressionnisme, il s'agit de comprendre comment dans la chanson de l'entre-deux guerre, c'est cette seconde tendance qui s'impose par la voix et la figure interprétatives des femmes, grandes prêtresses d'un tragique préparant à de nouvelles utopies, celle du vertige, de la passion, du sentiment, et de ses tourments.

Depuis les années 80-90, autrement dit depuis peu, les sciences sociales, interrogent leur propre pratique d'écriture dans les liens imaginatifs, narratifs, cognitifs entretenus avec la littérature notamment. Sur la base de travaux précédents - le décor ouvrier -intégrant l'image photographique et la parole des habitants, en référence aussi à des travaux antérieurs sur l'usine ayant pour source essentielle la parole ouvrière sur les savoir-faire, les mobilisations collectives, la camaraderie Joëlle Deniot interroge les chemins d'une mise en écriture, sur les mondes populaires, intégrant au texte sociologique, ces éléments "étrangers" de type polygraphique et polyphonique.

Le travail de recherche actuel sur la chanson réaliste et de sa  voix chantée pose de manière particulièrement aiguë les limites du dire analytique et la question de la restitution d'une telle approche par la seule ressource du concept. Il y a, dans ce cas, d’une part à libérer un dire de la pensée métaphorique et d’autre part à tisser des supports (texte, image et son) susceptibles de s’entendre pour mieux raconter ce chemin de la chanson à l’imaginaire de la chanson réaliste, à l’imaginaire de ces voix, qui chantant leur mal finissent par l’enchanter. Ce site s’inscrit dans ce désir et cet essai d’écritures croisées sur la chanson réaliste.




 

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Chanson réaliste, aventure et identité
Damia, Fréhel, Piaf ou l’expression d’une plainte
Sur le fil de la vie, elles ont chanté
Proche ou lointaine la voix du conte
Témoigner, faire œuvre, faire sens
Chanson réaliste, femmes de voix
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La blessure, le silence de la voix
De la chanson comme écriture de l’effusion
En bordure de voix, corps et imaginaire dans la chanson
Elles s’appelaient Rose, Nina, Pauline ou Louise
L’arène de la star Ac 2005

 

Les références des montages iconographiques insérés dans ces textes, illustrant la chanson réaliste seront mises en ligne prochainement et les images reprises sous forme de planches photographiques récapitulatives. Des illustrations sonores des chansons réalistes seront également prochainement installées

 

 


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